Chaire Michael Singleton : Terres (dés)humanisées

Mike Singleton est né en Angleterre en 1939. Après des études de théologie, de philosophie et d'anthropologie, il a fait du terrain dans la plupart des régions d'Afrique. À Dakar notamment, il a créé et dirigé un Institut des Sciences de l'Environnement. Désormais émérite, il a lancé un Laboratoire d'anthropologie prospective à l'Université catholique de Louvain (Belgique).

Chaire Michael Singleton : Terres (dés)humanisée

                                                                                                 Comité organisateur

                                
 Chaire Michael Singleton 2011

 

« Terres (dés)humanisées : ressources et climat »

 "(Des)humanized Lands : Resources and Climate"

Du 10 au 12 mai 2011

 

Langues du colloque : français et anglais

Présentation :
La problématique
Objectifs de la chaire Singleton 2011
Approche méthodologique
Modalités de participation
Modalités et calendrier
Comité scientifique

Thèmes centraux :

« Exploitation des ressources : enjeux sociétaux » - Journée du mercredi 11 mai 2011
« Climat et Sociétés » - Journée du jeudi 12 mai 2011

Appel à communications : Chaire Singleton 2011

Call for communication : Singleton Annual Conference 2011

Lieu :

Université catholique de Louvain, LAAP
Place Montesquieu, 1
1348 Louvain-la-Neuve
Belgique

Programme

 


 1.    La problématique :

Les changements de l’environnement sont aujourd’hui exceptionnels et l’humanité occupe une place centrale dans le déclenchement de ceux-ci. Si les démographes ont montré que l’histoire de l’environnement a été largement marquée par l’accroissement de la population, aujourd’hui une variable déterminante des modifications de l’environnement est le système énergétique basé sur les énergies fossiles. La concurrence pour l’accès aux énergies fossiles est chaque jour plus exacerbée, entre les pays les plus développés et entre eux et les pays émergents dont la Chine, l’Inde, le Brésil... L’expansion de l’utilisation du charbon, le second souffle de l’industrie nucléaire, l’intensification de l’exploitation de gisements pétroliers dans des zones de plus en plus difficiles d’accès, par exemple, entraînent une accélération des problèmes environnementaux, dont la question majeure du changement climatique. Même s’il reste des sceptiques, l’augmentation de la concentration en dioxyde de carbone (CO2) causée  par les activités humaines explique largement le réchauffement climatique, ainsi que l’acidification des océans.

L’impact de la déforestation, l’intensification de l’exploitation minière, mais aussi la recherche d’énergies renouvelables par la création de barrages hydroélectriques et l’extension des agro-carburants ne sont pas sans conséquence sur l’organisation sociale de nombreuses sociétés qui s’en trouve menacée. Il suffit pour s’en convaincre de citer le problème majeur que constitue pour de nombreux groupes de population la raréfaction de l’approvisionnement en eau potable induite par les changements de l’environnement. Dans ce sens, pour l’anthropologie, ces changements sont aussi une catastrophe sociale qui révèle les structures sociales inégalitaires entre les sociétés et, au sein de chaque société, entre les groupes qui la composent.

Les modifications causées à l’environnement par les activités humaines posent un défi à la modernité et plus précisément au modèle néolibéral d’économie de marché. Il convient d’analyser en profondeur ce modèle pour trouver des alternatives. Pour cela, comme l’avait bien montré Michel Foucault, il faut notamment que des sciences, comme l'anthropologie, puissent tenir un rôle, dans la mesure où cette dernière interroge non pas l’homme lui-même mais « bien la région qui rend possible en général un savoir sur l’homme » par sa capacité méthodologique et épistémologique à contourner « les représentations que les hommes, dans une civilisation, peuvent se donner d’eux-mêmes » (Foucault, 1966 : 389-390).

Deux dimensions peuvent être mises en évidence par les sciences sociales. La première dimension tient au fait que l’anthropologie a notamment énoncé d’autres rapports à la nature que celui promu par les sociétés occidentales. De l’enjeu que constitue la description de ces autres rapports à la nature, il est possible de promouvoir une approche non conflictuelle des relations entre les humains et les non-humains, avec l’intention de réduire les effets dévastateurs causés par l’insouciance et la voracité de certaines formes de développement (Descola, 2005). La seconde dimension demande d’analyser la responsabilité des changements des cadres de vie des sociétés humaines dans le long terme, c’est-à-dire dans un horizon trans-générationnel qui dépasse la raison instrumentale et le temps court du politique. Il est alors question de s’ouvrir aux questions morales et à une démarche prospective (Singleton, 2009 : 23-44).
 

2.    Objectifs de la chaire Singleton 2011 :

Sous la responsabilité du Laboratoire d'Anthropologie Prospective (LAAP) de l’Institut d’analyse des changements dans l’histoire et les sociétés contemporaines (IACCHOS), le colloque cherchera à :

•    Organiser une rencontre internationale entre chercheurs, afin de réaliser un bilan de l’implication des sciences sociales, et plus particulièrement de l’anthropologie, en ce qui concerne le changement de l’environnement dont les ressources et le climat, en liaison aux transformations des structures sociales des sociétés, ainsi que des relations des sociétés entre elles ;
•    A l'occasion de cette manifestation, mettre en place un réseau international autour du Laboratoire d'Anthropologie Prospective de l’Université catholique de Louvain, avec comme objectif de promouvoir des études approfondies consacrées aux transformations sociétales induites par les changements climatiques ou par l’exploitation des ressources naturelles ;
•    Publier un ouvrage scientifique sur la question ;
•    Encourager les échanges entre les chercheurs en sciences sociales, ainsi que les échanges entre chercheurs de différentes disciplines, travaillant à la compréhension des relations entre les changements de l’environnement et ceux des dynamiques sociales.
 

3.    Thèmes centraux :

Journée du mercredi 11 mai 2011 : « Exploitation des ressources : enjeux sociétaux »

Des exploitations minières aux méga-barrages hydroélectriques, en passant par les plantations de palmiers à huile (Elaeis guineensis), les ressources naturelles constituent un enjeu majeur à travers le monde. Au-delà des analyses macroéconomiques, l’objectif de cette journée est d’aborder les réalités de terrain de manière pluridisciplinaire. Il y sera question des relations entre les multiples acteurs (populations locales, entreprises, États, associations diverses) et des conflits et tensions qui les traversent. L’exploration et l’exploitation des ressources naturelles donnent en effet lieu à des oppositions, des résistances et des réappropriations qui contribuent à la complexité de la scène sociale contemporaine.

Ainsi, dans certains pays, la course pour l’accaparement des ressources naturelles, favorisée notamment par la politique des concessions, force les populations locales au développement de stratégie de réponses en vue de défendre leur territoire, alors même que la marge de manoeuvre que leur laisse leur Etat est souvent très mince. En Amérique du Sud notamment, les alliances entre les associations indigènes, les groupes écologistes et les défenseurs des droits de l’homme, font naître des discours environnementalistes rénovés, posant la question politique du rapport à la nature. Parallèlement, les demandes de reconnaissance des droits des populations indigènes, en s’appuyant sur les instances internationales (ONU, Organisation internationale du travail), obligent les Etats à reconnaître leur pluralité interne.

En outre, l’exploitation des ressources fait émerger des ententes et traités entre les états et les populations locales. Ces accords, une fois aboutis, apportent des changements profonds à l’intérieur même des communautés, où la pression du discours de l’Etat, du droit et du néolibéralisme influe sur les pratiques et représentations (Nadasdy, 2003), créant de nouveaux agencements et défis pour les groupes concernés. Il s’agira donc d’aborder la diversité des réponses à ces transformations, privilégiant une approche anthropologique résolument ouverte à l’hétérogénéité des points de vue sur les ressources, le territoire et l’environnement (Agrawal et Gibson, 1999).

La journée s’adresse aux chercheurs appartenant en sciences sociales qui étudient les enjeux et les conflits autour des ressources naturelles ainsi que la réappropriation des projets déjà en exploitation. Elle se penchera tant sur les différentes visions de l’environnement qui sont en jeu, que sur les problématiques sociales, économiques et politiques qui participent à la complexité des questions.
 
Journée du jeudi 12 mai 2011 : « Climat et Sociétés »

Pour Susan Crate et Mark Nuttall, coordinateurs de l’ouvrage Anthropology and Climate Change : From Encounters to Actions (2009), « Le temps est de plus en plus imprévisible et les populations partagent leurs inquiétudes quant aux changements irréversibles de leurs paysages terrestres, maritimes et de glace. » (2009 : 9). "Partout, des latitudes élevées de la taïga et de la toundra aux écosystèmes des montagnes de hautes altitudes, des forêts tropicales aux littoraux, on retrouve des similarités dans les discours : les récits et les expériences des populations locales racontent observer et déjà expérimenter à leur échelle humaine les effets des changements environnementaux. Pour ces communautés, les conséquences des changements climatiques ne sont pas des éléments imprévisibles qui surviendront dans le futur, mais bien des situations et des interprétations auxquels elles sont confrontées et avec lesquelles elles doivent composer dans l’immédiat" (Crate et Nuttall, 2009 : 9).

L’augmentation des phénomènes hydrométéorologiques ainsi que l’accroissement de la vulnérabilité des communautés face aux menaces climatiques défient les anthropologues à se pencher sur ces questions inédites, pour eux et pour les sociétés étudiées. Par sa démarche inductive et holistique, l’anthropologue rend compte par exemple des survivances culturelles et des réservoirs d’expériences des populations en réponse aux phénomènes aggravés par les changements climatiques. La compréhension écologique du savoir indigène possède une forme de validité certaine : sans nul doute, les populations locales peuvent contribuer à identifier, à comprendre et à concevoir des stratégies d’adaptation aux processus écologiques et dynamiques de leurs écosystèmes.

Les sciences sociales, part leur compréhension de la complexité sociale, de la diversité culturelle et des relations entre société et environnement, peuvent fournir des contributions significatives dans l’expertise des catastrophes et des effets annoncés des changements climatiques. Le défi consiste à encourager les sciences sociales et les sciences naturelles à créer de solides partenariats entre leurs disciplines. Car la diversité des analyses d’une même situation permet de rendre compte de la complémentarité des sciences exactes et
des sciences humaines et, en croisant les échelles, d’apporter des éclairages nouveaux sur la dynamique entre appréhension locale et approche globale qui caractérise la crise actuelle.

   
4.    Approche méthodologique :

L'approche méthodologique développée par le Laboratoire d'Anthropologie Prospective de l'Université Catholique de Louvain a un ancrage empirique fort. De ce point de vue méthodologique découle la nécessité pour participer à la Chaire Singleton de présenter des résultats basés sur des données de terrains discutées par les pairs, ce qui implique par ailleurs une connaissance étendue et approfondie de la littérature afférente.

Ces options méthodologiques amèneront le colloque à se focaliser sur des analyses comparatives et pluridisciplinaires, sur des études de cas concrets se rapportant à la problématique de l’articulation entre les transformations sociales liées aux changements de l’environnement.

5.    Modalités de participation :

Cette Chaire internationale s’adresse aux chercheurs des sciences sociales et éventuellement des sciences naturelles qui, à partir de recherches empiriques, mobilisent et mettent en relation des facteurs humains avec les changements climatiques ou l’exploitation des ressources naturelles. Alors que les matinées du 11 et du 12 mai seront consacrées aux travaux de chercheurs seniors, les après-midi de ces deux journées seront ouvertes aux travaux de doctorants ou de post-doctorants.

6.    Modalités et calendrier :
Les propositions de communication, en français ou en anglais, doivent parvenir aux organisateurs du colloque avant le 15 février 2011. Elles doivent impérativement mentionner : 1) Le titre de la communication ; 2) Un résumé de 300 à 600 mots maximum 3) Le nom et le prénom de l’auteur ou des co-auteurs ; 4) Leur statut ; 5) Leur discipline ; 6) Leur institution ; 7) Leur contact électronique.

Envoi des propositions :

- Pour la journée du 11 mai, « Exploitation des ressources naturelles » melanie.chaplier@uclouvain.be ; emmanuelle.piccoli@uclouvain.be

- Pour la journée du 12 mai, « Climat et sociétés » : julie.hermesse@uclouvain.be ; charlotte.breda@uclouvain.be

Le comité scientifique sélectionnera les propositions et contactera tous les auteurs de propositions le 15 mars au plus tard. Le colloque se tiendra à Louvain-la-Neuve (à proximité de Bruxelles) les 10, 11, 12 et 13 mai 2011.
Une sélection de communications sera réalisée en vue de la publication d'un numéro spécial de la collection Investigations d'Anthropologie prospective aux éditions Academia/Bruylant (Louvain-la-Neuve).
Informations complémentaires : www.laap.be

7. Comité Scientifique :

BARTIAUX Françoise (UCL/FNRS), BREDA Charlotte (UCL), CHAPLIER Mélanie (UCL), HERMESSE Julie (UCL/FNRS), LAURENT Pierre-Joseph (UCL), MORMONT Marc (ULg), PICCOLI Emmanuelle (UCL/FNRS), STRIVAY Lucienne (ULg), YEPEZ DEL CASTILLO Isabel (UCL)

Mots-clés: 
anthropologie, prospective, belgique, louvain, colloque, séminaire